Le cratère de cristal

Le cratère de cristal

Notre étape suivante dans l’île du nord vise un autre volcan, le Taranaki, « exilé » seul sur une péninsule à l’extrême ouest de l’île du nord suite à une dispute avec Tongariro (d’après la légende, un volcan féminin aurait été très impliqué… Mais nous resterons discrets pour ne pas propager des rumeurs non vérifiées…).

Objectif de notre venue: admirer ce volcan depuis sa base, mais aussi depuis son sommet! Car le Taranaki Summit Track est un chemin de randonnée qui permet d’accéder au cratère!

Un peu de repos bien mérité

Lorsque nous arrivons à New Plymouth, sur la côte au nord du Taranaki, le soleil brille mais le volcan est voilé dans un gros nuage… Les prévisions météo au sommet ne laissent aucun doute: il y souffle un vent d’enfer, pour une température ressentie à -12 degrés. Nous voilà avec deux jours de repos « forcé » histoire de laisser nos jambes récupérer! La première fenêtre d’ascension arrive jeudi, le volcan devant se découvrir dans la nuit et le vent se calmer dans la journée.

Les deux jours passent vite: nous dormons sur un spot de freedom-camping (camping gratuit) bien tranquille et directement sur la mer, nous nous mettons à jour de nos mails, goûtons à notre première bière en pub néo-zélandais, et tentons un peu d’escalade en salle (pas facile, on a perdu le rythme!).

Le soleil se lève sur New Plymouth.

Le soleil se lève sur New Plymouth.

Ascension jusqu’au cratère de cristal

Mercredi, l’amélioration météorologique se confirme pour le lendemain. Nous montons dormir au point de départ du Summit Track. Le van est secoué sans relâche par le vent, et fouetté par la pluie. Difficile d’imaginer que le lendemain sera propice à l’ascension! Heureusement que notre loueur, Affordable Motor Homes, nous a fourni une couverture bien épaisse en plus de la couette!

Le réveil sonne à 7h, car nous savons que le vent se calmera en cours de journée. Pas besoin de partir aux aurores! Nous visons un départ vers 9h, pour cette ascension donnée pour 8 à 10h. Le volcan est complètement découvert, sur fond d’un grand ciel bleu !

DSC00196_640px

Au moment de partir, le volcan a bien changé de couleur!

Au moment de partir, le volcan a bien changé de couleur!

C’est parti! Sacs au dos et bâtons à la main, nous entamons gaiement l’ascension sur un large chemin qui monte de manière plus ou moins raide jusqu’à un premier point remarquable: un refuge installé à côté d’une grande antenne TV. Nous y arrivons en avance sur l’horaire, comme à l’accoutumée, ce qui est plutôt encourageant. Au dessus de nous commencent les choses sérieuses: la végétation disparaît au profit de ce qui apparaît comme de grande coulées de lave. De plus près, le sommet parait bien plus haut et inatteignable. Nous nous accordons deux bonnes barres de céréales pour nous donner l’énergie de monter!

A peine quitté le refuge, nous retrouvons nos amies les marches, qui stabilisent la montée mais cassent les jambes. Les volées d’escaliers se succèdent mais ne se ressemblent pas, alors que toute végétation disparaît définitivement des alentours. Heureusement que nos sacs sont bien plus légers que sur le Tongariro Northern Circuit

Vue sur la péninsule et la mer, depuis les flancs du Taranaki.

Vue sur la péninsule et la mer, depuis les flancs du Taranaki.

Mais bientôt les marches disparaissent, laissant place à une trace à peine visible dans un grand pierrier. Les poteaux qui marquent le chemin sont presque tous couchés, sans doute par le vent des jours précédents. Les pierres sont petites, probablement issues de l’érosion des coulées de lave ; elles glissent sous nos pas rendant indispensables les bâtons de marche. Deux randonneuses devant nous luttent sans bâtons, reculant presque autant qu’elles n’avancent, à chaque pas. Nous les dépassons et « faisons la trace », alors que le seul poteau désormais visible dépasse au loin d’une zone de rochers bien fermes. D’ici là, il s’agit de continuer à monter dans cet éboulis! C’est dur, très fatiguant, et nous n’avons guère l’impression de progresser alors que nous zig-zagons sur cette pente sans repère. Le temps s’arrête de même que toute pensée disparaît. Un pied, puis l’autre, et on recommence…

Au loin, les volcans du Tongariro National Park.

Au loin, les volcans du Tongariro National Park.

 

Terre! Enfin, roche! Ça y est, le pierrier est passé! Ouf, nous ne nous attendions pas à ce type de progression après le chemin superbement bien balisé et préparé du Tongariro. C’est l’heure d’une petite pause dans un recoin de rocher, nous abritant comme nous pouvons du vent qui n’a pas disparu. Nous avons passé une heure et demi dans le pierrier, qui auraient pu être 30 minutes comme trois heures, tellement la notion du temps nous y avait abandonnés.

C’est donc sur une vraie coulée de lave que nous repartons maintenant. Le rocher est solide, même s’il faut se méfier des pierres qui roulent (sans amasser de mousse, cela va sans dire puisqu’il n’y a pas l’ombre d’un brin de végétation). Il devient nécessaire de mettre les mains régulièrement, dans une montée qui tire souvent sur l’escalade. Mais cette partie de la montée est bien plus agréable que la précédente! D’autant que le sommet approche enfin, petit à petit. Le vent souffle en bourrasques, mais n’a rien d’insupportable. Un français qui redescend nous met en garde contre la zone supérieure, très gelée. Et nous conseille de ne pas suivre le balisage, mais de « passer par la droite ». Hum, cela ne nous dit pas grand chose pour l’instant, mais c’est noté.

Plumes de glace.

Plumes de glace.

Nous voyons apparaître ici et là des amoncellements de neige dans les recoins de rocher, de plus en plus fréquents. Enfin il semble que le cratère est tout proche, et nous comprenons l’avertissement du français. Le passage pour le cratère est à l’ombre, les rochers sont couverts d’une épaisse pellicule de glace, sous forme de petites plumes façonnées par le vent. C’est beau, mais extrêmement glissant! Les deux randonneuses qui nous ont devancé renoncent, mais nos bâtons nous fournissent deux points d’appui supplémentaires chacun, très utile dans cette situation. Nous taillons des marches à coups de pied et utilisons celles déjà façonnées. Une dernière petite montée, puis quelques pas en descente dans le cratère, couvert de neige. Ça y est, nous y sommes!

Arrivée dans le cratère du Taranaki.

Arrivée dans le cratère du Taranaki.

 

Parois scintillantes du cratère.

Parois scintillantes du cratère.

Autour de nous se dressent des murs de roche verticaux, parés d’une couche de glace scintillante. On devine les couleurs variées des oxydes sous cette carapace qui craque et parfois s’effondre sous les assauts des rayons du soleil. Le froid des jours précédents a préparé ce superbe écrin dans lequel nous découvrons le cratère, mais il ne durera sans doute pas jusqu’à demain. Raison de plus pour savourer ce cadeau éphémère.

Nous déjeunons sur un rocher au milieu de la neige, afin de mieux profiter de ce superbe spectacle. Puis décidons de pousser encore un peu plus haut, vers le sommet du volcan. Il n’est qu’à quelques dizaines de mètres plus haut, par un amoncellement de pierres de lave et de sable. Nous nous arrêtons juste en dessous, dans un recoin, car le sommet lui-même et sacré pour les maoris et il est demandé aux randonneurs de ne pas le fouler. D’ici la vue plongeante sur le cratère est encore plus impressionnante.

La loooooongue descente

Il est temps de repartir, car l’heure tourne et la descente nous inquiète : avec deux paires de genoux fragiles, désescalader des parois aussi pentues peut être éprouvant.

Dernier coup d'oeil au cratère gelé.

Dernier coup d’oeil au cratère gelé.

 

Effectivement, la descente n’est pas de tout repos. Une fois la partie glacée passée, il reste à user de mille précautions pour ne pas se blesser dans la coulée de lave. La cheville fragile de Nicolas se manifeste mais tient bon. Là encore, les bâtons nous sauvent!

Le refuge et son antenne TV paraissent loin depuis la coulée de lave!

Le refuge et son antenne TV paraissent loin depuis la coulée de lave!

Enfin nous sortons de la coulée, pour nous retrouver dans le pierrier qui nous a donné tant de fil à retordre à la montée. Ici la descente est bien plus facile: le pierrier est moulu suffisamment fin pour que l’on puisse y enfoncer les talons à chaque pas. Ce qui rendait la montée difficile nous facilite grandement la descente! Il faut quand même prendre garde, et je n’échappe pas à la chute (une grande spécialité dans les pierriers), heureusement sans casse.

Le refuge et son antenne TV se rapprochent ! Nous voici en haut des marches, c’est gagné! Elles ne sont pas beaucoup plus agréables qu’à la montée (pour les genoux), mais facilitent tout de même grandement la progression. À notre dernière pause au refuge, nous savons qu’il ne reste plus que de la descente, sur chemin plutôt facile. Encore une heure et nous serons au van!

Le parking est en vue, et surprise, il est couvert de campervans et monospaces aménagés. La météo de demain est prévue pour être excellente, ce qui attire une foule de prétendants à l’ascension. Alors que nous enlevons avec délice nos chaussures couvertes de poussière les allemands d’à côté nous demandent des infos. Ils sont aussi impatients de grimper que nous l’étions hier. De notre côté nous goutons à une bière fraîche bien méritée en admirant le volcan qui rougeoie doucement au soleil couchant. Le dôme ne présente plus que de rares traces de blanc, neige et glace ont l’air d’avoir quasi disparu. Nous sommes bien contents d’être montés aujourd’hui, sans foule sur le chemin, avec un cratère de cristal en récompense.
Ainsi qu’une bonne nuit de sommeil sans vent pour agiter nos rêves!

3 Comments

  • roger mari claire
    23/03/2014 at 14:56 · Répondre

    Franchement chapeau. Donnez- nous encore de belles photos nous voyageons virtuellement avec vous,

    gros bisous à vous deux. MC RD

  • annie
    16/03/2014 at 13:41 · Répondre

    contente que tout se passe bien
    Avez vous compte toutes les marches que vous avez montées depuis le début du séjour ?
    Bisous à tous les deux

    • stephpiou Author
      18/03/2014 at 22:50 · Répondre

      Ouh là! Non! Ce serait un coup à s’endormir en marchant, beaucoup trop périlleux. Il est bien plus sympa de se concentrer (quand on peut quitter les pieds des yeux) sur le paysage!

      Bises!


Leave a Comment Des remarques ou commentaires ? N'hésitez pas !!