Pour Une Economie Plus Humaine – Constuire le Social-Business

Pour Une Economie Plus Humaine – Constuire le Social-Business

Titre

Pour Une Economie Plus Humaine – Constuire le Social-Business

Auteur

Muhammad Yunus

Date parution

2010

 

4e de couverture (édition JC Lattès)

A l’heure où Muhammad Yunus est au cœur d’une violente tourmente dans son pays, son nouveau livre révèle les résultats prometteurs du social-business.

Depuis quelques années, la Grameen Bank créée par le Pr Yunus développe, en association avec d’autres entreprises, le modèle économique du social-business.

Quels sont aujourd’hui les résultats de ces premières expériences ? Quels ont été les effets de la crise financière et de l’augmentation du prix des matières premières ? Muhammad Yunus s’appuie essentiellement sur les projets menés avec Danone, Véolia et Adidas. Étape par étape, il nous explique comment le marché a obligé ces entreprises à faire évoluer leur stratégie, leur marketing, leur cible. Même si le modèle est différent, les lois économiques qui fixent les équilibres du social-business sont les mêmes que celles qui agissent sur l’économie de marché classique. Le principe de réalité prédomine… mais dans une perspective beaucoup plus humaine.

Entre études de cas et réflexions sur le monde à venir, le nouveau livre du Pr Yunus nous ouvre un univers toujours aussi stimulant et porteur d’espoirs.

Ce que j’en retiens

Contexte économique

La crise que nous vivons n’est pas seulement financière mais aussi alimentaire, environnementale, agricole, sanitaire et sociale.

Le capitalisme est construit sur une conception erronée de la nature humaine : tout individu comme toute entreprise a vocation à maximiser ses profits. Or la nature humaine est plus complexe que cela, poursuivant non seulement des objectifs égoïstes mais aussi des objectifs altruistes (pour preuve les montants colossaux d’argent brassés dans les dons divers). Les social-business sont les entreprises qui se fondent sur la partie altruiste de la nature humaine.

Microcrédit : Le point de départ des expérimentations de Muhammad Yunus

–        Les règles du microcrédit du Pr Yunus :

  • Le remboursement des emprunts est obligatoirement hebdomadaire pour étaler les remboursements et donc leur impact.
  • C’est un représentant de la banque qui se déplace dans les villages et non l’inverse.
  • Les prêts se font principalement à des femmes (97%), beaucoup plus enclines à utiliser cet argent pour monter des petites entreprises.
  • La banque prête même aux plus pauvres : les mendiants.
  • L’ensemble des fonds dont dispose la banque provient des dépôts. Plus de la moitié des dépôts proviennent des emprunteurs, qui ont l’obligation d’épargner un peu chaque semaine.
  • La banque « s’immisce » dans la vie des emprunteurs : elle encourage la scolarisation des enfants (et leur fait ensuite des prêts étudiants), la création d’entreprise pour créer de nouveaux emplois…

 

–        La Grameen Bank, suivant ces règles, s’adresse aux plus pauvres. Ce qui n’empêche pas le taux de remboursement d’être de l’ordre de 98% !

–        Le modèle a si bien marché qu’il a été exporté par delà le monde, dans les pays en développement comme dans les pays riches, ce qui montre qu’il existe un besoin pour une banque des pauvres même dans les pays les plus riches du monde et disposant d’un système bancaire sophistiqué.

–        Alors que la crise financière mondiale a frappé durement les grandes banques traditionnelles, les programmes de microcrédit ont poursuivi leur développement.

Le social-business : un modèle nouveau d’entreprise dans la lignée des objectifs du microcrédit

Le Pr Yunus a expérimenté le modèle du social-business dans une grande diversité de domaines pouvant contribuer à réduire la misère : l’agriculture, l’élevage, les pêcheries, les énergies renouvelables, les technologies informatiques, l’éducation, la santé, le tissage, les services pour l’emploi…

Les principes de la social-business

1. Une vocation sociale avant tout
L’objectif de l’entreprise consiste à lutter contre la pauvreté ou à répondre à un ou plusieurs problèmes qui menacent les individus et la société – et non à maximiser son profit.

La social business est créée pour répondre à un besoin social en utilisant des méthodes forgées par le monde de l’entreprise pour créer et commercialiser des biens et services.

2. La durabilité par la rentabilité
L’entreprise parviendra à s’autofinancer

Cet objectif a pour but d’assurer la pérennité de l’action entreprise, par opposition au modèle de l’organisme caritatif, éternellement dépendant de dons. La social-business doit donc se baser sur un business-model qui lui permet à la fois de résoudre le problème social choisi et d’être rentable. Elle n’a pas vocation à faire la charité : les individus paient un prix juste pour les biens et services qu’il reçoivent, autonomes et dignes plutôt que dépendants.

3. Un investissement sans profit
Les investisseurs récupéreront uniquement le montant de leur investissement. Ils ne percevront aucun dividende.

Le capital de départ est investi en connaissance de cause. Ceci permet à l’entreprise de se positionner différemment sur les marchés, car elle n’a pas besoin de dégager des marges aussi grandes (elle peut si nécessaire investir sur des projets à retour sur investissement proches de zero et offrir ainsi des opportunités d’emploi à beaucoup de gens). Les bénéfices sont investis :

  • pour développer l’activité et accroitre les avantages dont elle fait profiter la société.
  • pour rembourser son capital de départ suivant les modalités définies dans les statuts de l’entreprise.
4. Des profits intégralement réinvestis
Quand le montant de l’investissement aura été remboursé, les profits réalisés par l’entreprise seront consacrés à son expansion et à l’optimisation de ses processus industriels.
5. Le respect de l'environnement
L’entreprise sera respectueuse de l’environnement

La social-business s’inscrivant non seulement dans une démarche de développement, mais surtout dans une démarche de développement durable, elle s’attache à diminuer au maximum son empreinte environnementale.

6. Des employés rémunérés
Les employés seront payés au prix du marché mais disposeront de meilleures conditions de travail.

La social business rémunère ses employés, plutôt que de leur demander un travail bénévole. La rémunération se fait au prix du marché, avec une politique de rémunération proche de celle d’une entreprise « classique », pour attirer les bons éléments. Les employés ont en plus la satisfaction de contribuer directement à régler un problème social.

7. Faites-le dans la joie
Faites-le dans la joie !

Le Pr Yunus est attaché à cette notion d’une activité économique réalisée dans la bonne humeur, procurant au quotidien la satisfaction du bien social et du service rendu.

Il est intéressant de noter que le Pr Yunus se démarque à la fois du socialisme et du communisme.

Plutôt que de chercher à régler des problèmes globaux et monter une social business de grande ampleur, le Pr Yunus encourage tout personne qui aurait une idée de social-business à la mettre en place rapidement, à petite échelle : cela permet de commencer à agir pour régler le problème social choisi, de tester le business-case et la viabilité du modèle… Et même si on n’améliore la vie que de 5 personne autour de soi, cela vaut le coup d’être fait !

Deux types de social-business

Social business de type I : ces social business ne réalisent pas de pertes et ne distribuent pas de dividendes. Elles sont détenues par des investisseurs qui consacrent l’intégralité des bénéfices à l’expansion de l’entreprise ainsi qu’à l’amélioration de son fonctionnement.

Social business de type II : ce sont des entreprises cherchant à maximiser leurs profits mais détenues par des pauvres, soit directement soit par l’intermédiaire d’une société dédiée à une cause sociale particulière. Les profits versés à leurs propriétaires permettent de réduire la pauvreté, ce sont donc des entreprises sociales.

Ce que la social business n’est pas

Une Fondation : une fondation est un organisme caritatif créé pour dépenser des fonds. Elle ne génère normalement pas de revenus. MAIS : une fondation peut être investisseur ou propriétaire d’une social business.

Une ONG : une ONG est un organisme caritatif à but non lucratif. Elle partage la mission sociale de la social business mais en se basant sur un modèle caritatif, ce qui les oblige à chercher perpétuellement des fonds.

Une Coopérative : une coopérative est détenue par ses membres. Elle a pour but de générer sur profit, redistribué à ses actionnaires, mais n’a pas obligatoirement une vocation sociale. Une coopérative peut être une social business si ses propriétaires sont des personnes pauvres (social business de type II).

Une « Entreprise socialement responsable » : toute entreprise « classique » ayant pour but de maximiser son profit peut se conformer à des règles de conduite de « responsabilité sociale ». Les entreprises cotées en Bourse sont tenues de publier un rapport de « Responsabilité Sociale d’Entreprise » (RSE).

Le financement des social business

Le financement de la social business est un point clé qui la sépare d’une entreprise classique. Il s’agit de trouver des investisseurs prêts à prendre le risque d’investir tout en sachant que leur investissement ne sera pas rémunéré. L’investisseur n’est pas motivé par le gain mais par la fierté et le plaisir d’aider à résoudre des problèmes sociaux difficiles. La démarche se rapproche de celle d’un don à une association ou un organisme caritatif, sauf que l’investisseur a une chance de récupérer le montant investi… pour éventuellement l’investir s’il le souhaite dans une autre social-business.

Le Pr Yunus adopte une position radicale : les investisseurs ne doivent recevoir aucune rémunération. Si l’entreprise se développe, elle rembourse petit à petit son capital de départ, centime pour centime mais pas un de plus. Ses arguments :

–        Argument moral : il est immoral de dégager des bénéfices en commerçant avec les pauvres. Cela revient à profiter de la souffrance humaine.

–        Argument de vision de l’entreprise : dans les périodes de crise, la recherche de profits risque de l’emporter sur les objectifs sociaux de l’entreprise : que se passerait-il s’il est possible d’augmenter significativement les profits de l’entreprise tout en réduisant un peu les bénéfices sociaux ? Associer les deux missions de recherche de profit et objectifs sociaux complique sérieusement la vie du PDG. Le profit exerçant un attrait extrêmement puissant, il risque d’envahir tout l’espace disponible dès lors qu’on lui accorde une quelconque place.

–        Argument systémique : en donnant cette règle du jeu, le social business se pose en alternative au monde de l’entreprise comme à celui des œuvres de bienfaisance, dans le but de faire évoluer les mentalités, remodeler les structures économiques et favoriser l’émergence d’un nouveau mode de pensée.

Des fonds de social-business peuvent être créés spécifiquement pour investir dans ces entreprises sociales.

Lien avec le marché « classique »

Pour le Pr Yunus, le modèle de social business n’implique pas la disparition des modèles d’entreprise traditionnelle. Il permet d’accroitre le marché en offrant une nouvelle possibilité aux consommateurs, aux employés et aux entrepreneurs. En cherchant à élever le niveau de vie des pauvres, il leur donne accès à de nouveaux marchés, participe à la croissance de l’économie mondiale. Il apporte une nouvelle dimension à l’activité économique et favorise la prise de conscience sociale du monde des affaires.

Le social business a un avantage : il est moins exposé au risque parce que l’avenir de son activité n’est pas lié au cours de son action.

La législation du social business

A terme, les Etats pourront adopter des législations destinées à donner aux social-business une reconnaissance légale et créer des organismes de régulation garantissant la transparence et l’intégrité de ce secteur, indispensable pour se prémunir de l’utilisation abusive de la notion de « social-business ».

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