Quasi envolés sur le W!

Quasi envolés sur le W!

Informations et contre-informations quant aux accès, aux logements… L’organisation de notre séjour au Parc Torres del Paine n’est pas des plus simples! Tout cela nous amène à changer nos plans jusqu’à la dernière minute, mais la flexibilité est un impératif du voyage…

Le fameux « circuit W » du Torres del Paine n’a rien d’une petite balade, malgré le fait qu’il soit très emprunté. Si l’on croise quelques rares personnes visiblement peu marcheuses, c’est que plusieurs endroits sont accessibles à la journée. Mais sinon, les nombreux trekkeurs paraissent aguerris et certains nous ont impressionnés par leur rythme effréné malgré les énormes sacs.

Les choix logistiques font beaucoup dans la difficulté du trek. Il est possible de prendre une formule pension complète qui allège grandement les sacs. Mais nombreux sont ceux qui, comme nous, décident de camper face aux prix complètement extravagants des refuges du Parc. Cela ajoute aussi un certain charme à l’aventure, et surtout, on en ressort avec une connaissance bien plus « intime » de la Patagonie, et de sa météo! Mais bien sûr le poids du sac s’en ressent…

Nous étions prêts à tous les caprices de la météo patagonienne. Après la carte « neige » de l’ascension du Pisco, nous avons pioché la carte « vent ». Voilà qui aurait pu être pire, mais a tout de même été très impressionnant.

J0: une arrivée sous la grisaille.

Nous arrivons en bus par un temps maussade, qui n’entame en rien notre motivation. Nous croisons depuis le bus des guanacos, ces camélidés au visage noir, et des nandou, l’espèce d’autruche sud-américaine. Mais si vous connaissez: c’est Bip-Bip sans son souffre-douleur le Coyote!

Aperçu du Torres del Paine post-incendie.

Aperçu du Torres del Paine post-incendie.

Un incendie a ravagé toute une partie du parc fin décembre 2011. C’est sous la pluie que nous montons dans le catamaran qui traverse le lac Pehoé, et découvrons les rives du lac avec leur aspect particulier. En effet, un incendie a ravagé toute une partie du parc fin décembre 2011. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, et nous découvrons ici l’aspect actuel du paysage: des arbres blancs et noirs, spectres dressant leurs ramures calcinées vers le ciel, mais entourés d’herbe verte ou rouge, de fleurs printanières, ce qui atténue fortement l’aspect sinistre de l’ensemble. On est heureux de voir que la vie reprend!

Le lac Pehoé est un immense lac de glacier, alimenté directement par différents cours d’eau de fonte. Il a donc une couleur magnifique due aux nombreux minéraux contenus dans l’eau, broyés par les glaciers. Avec en premier plan ces mêmes herbes colorées, et en arrière plan les montagnes enneigés, on a du mal à détacher les yeux de ce paysage.

Le Lac Pehoé en fin de journée.

Le Lac Pehoé en fin de journée.

Le camping de l’autre côté du lac est bondé, les tentes s’agglutinent les unes aux autres. Voilà ce que nous avions craint sur ce circuit très emprunté 🙁 Nous trouvons malgré tout un petit coin un peu à l’écart, mais où d’autres nous rejoignent vite. La « salle commune », seul endroit où l’on peut faire du feu, est elle aussi blindée. Nous attendons donc un peu avant d’avoir un coin pour préparer et déguster le meilleur repas du trek: il faut manger vite ces raviolis épinards-ricotta qui pèsent lourd dans le sac!

Notre premier campement, au bord du lac Pehoé.

Notre premier campement, au bord du lac Pehoé.

Le vent souffle en cette première nuit sous la tente, mais rien qui ne soit vraiment dérangeant pour deux lourds dormeurs comme nous! Heureusement, car demain commence réellement le trek.

J1: aller-retour au glacier Grey

Les transports du parc nous ont contraint à une première journée en aller-retour. Le gros avantage: c’est donc une journée où nous pouvons laisser la tente au camping, avec tout dedans, et nous ne portons qu’un sac à la journée! L’aller étant donné pour 3,5h de marche, nous pouvons donc prendre notre temps.

Le Lago Grey et ses icebergs.

Le Lago Grey et ses icebergs.

Au bout d’une petite heure, nous apercevons le Lago Grey, immense lac de fonte du Glacier Grey. Surprise, des icebergs y flottent, d’un bleu très intense! Ils ont tous été déportés de notre côté par le vent ou les courants.

Les kilomètres passent dans une végétation variée, tantôt basse tantôt arborée, avec toujours le lac à proximité. On en perd assez facilement la notion du temps.

Au bout de cette première branche du « W » se dresse le refuge Grey. Le timing nous permet une agréable pause café dans les canapés en cuire du refuge: attention à ne pas s’endormir!

Encore un petit effort, très bien récompensé: nous arrivons au bout d’une pointe battue par les vents, à un mirador face à l’immense glacier, très imposant. De part et d’autre de cette pointe, on peut admirer des icebergs très « art contemporain ». On ne se lasse pas de la vue, même si le vent est ici très fort, et surtout glacé!

Le chemin de retour au campement parait bien long… Mais il nous offre sur la fin une distraction de taille: un condor!!! Ces oiseaux si grands sont relativement rares en liberté, je n’en avais vu qu’au Pérou dans un endroit où la municipalité leur arrange quelques repas pour les maintenir là. Ici, il plane au dessus de nous sereinement. Avec les jumelles, on en profite d’autant plus!

Nous sommes bien contents d’arriver et de nous réfugier sous la tente. Car le vent se lève!

J2: battus par les vents!

Un lever de soleil très attendu ! Mais qui n'entraine aucune atténuation du vent...

Un lever de soleil très attendu ! Mais qui n’entraine aucune atténuation du vent…

La nuit fut longue et blanche, à aider la structure de la tente à encaisser des bourrasques qui doivent largement dépasser les 100km/h. On les entend arriver, elles sont très localisées et parfois nous contournent. Le vacarme est indescriptible. Unidirectionnelles en début de nuit, les bourrasques se font beaucoup plus aléatoires vers 3h du matin, secouant la tente de toutes parts! Le levé du soleil vers 4h n’apporte aucun répit. Voilà qui nous laisse le temps d’élaborer (lorsque l’on arrive à s’entendre, c’est-à-dire entre deux bourrasques), des stratagèmes en prévision du repliage de la tente, afin de ne pas perdre le toit dans le lac!

Tentative de petit déjeuner en tenant la tente sous les bourrasques.

Tentative de petit déjeuner en tenant la tente sous les bourrasques.

[Nous apprendrons plus tard que deux tentes du même type que la nôtre ont l’une plié, l’autre cassé sous les assauts du vent. Il était donc largement justifié de l’aider à résister! Nous saurons que sa prise au vent la rend fragile….]

Pas besoin de réveil, nous sommes rapides à quitter cette zone exposée. Dès 8h, nous voilà en route, avec nos énormes sacs qui pèsent lourd sur nos épaules.

Houle sur le lac et nuage d'écume au loin!

Houle sur le lac et nuage d’écume au loin!

Le vent soulève une vraie houle sur le lac, avec de nombreux moutons… Et soulève carrément des nuages d’eau à certains endroits! C’est un vent comme nous n’en avions ni l’un ni l’autre jamais connu en randonnée, en bourrasques tellement fortes qu’il est réellement impossible d’avancer face à elles, et qu’elles nous projettent de côté malgré nos gros sacs qui nous lestent! Nous réalisons tout l’intérêt de faire ce circuit dans ce sens, c’est-à-dire avec le vent dans le dos.

Nous marchons dans une transe fatiguée, ballotés par le vent, lestés par les sacs. Les 2,5h annoncés jusqu’au prochain campement ont été bien comptées! L’arrivée est annoncée par notre première rencontre avec le Rio Francés, un torrent d’une force remarquable qui déboule de la vallée du même nom.

Ouf! Enfin arrivés au campement italien! Celui-ci est gratuit, et surtout il a le très bon gout d’être situé en pleine forêt. Nous sentons immédiatement la différence: les bourrasques ne mollissent pas, mais ce sont les ramures des arbres qui encaissent leur puissance. À part le bruit, on oublierait presque le déchaînement ! Voilà qui mérite un café pour se réchauffer!

Nouveau départ, vers midi, avec des sacs bien allégés. Direction: toujours plus haut (on pourrait sourire des altitudes inférieures à 1000m ici, quand on vient des hauteurs des Andes… Mais la Patagonie sait très bien se défendre même sans mal des montagnes!)! Nous montons au mirador qui surplombe la « Valle del Francés » (Vallée du Français), donné à trois heures de montée!

Rio Frances déchainé.

Rio Frances déchainé.

En montant, et en déjeunant nous avons tout le loisir d’admirer le Rio Francés déchaîné, sous l’imposant « glacier du français ».

Un vent incroyable !Le vent souffle de plus bel, rendant difficiles les traversées sans arbres. On lutte avec le vent de face! En contrebas s’éloignent les eaux turquoises des lacs Pehoé et lac Nordernskjöld (un scandinave a dû passer par là). La montée nous parait déjà longue quand nous arrivons au Campement britannique, quasi abandonné. Le dernier effort jusqu’au mirador est finalement vite fait, et l’on profite volontiers de la vue magnifique sur les parois autour.

Parmi elles, le Cerro Catedral où un groupe de belges ont enchaîné, en début d’année 2013, plus de 1000m de voie en 7c+ (ils ont « eu de la chance avec le temps et n’ont donc mis que deux semaines » accrochés à la paroi. Gloups!).

De l’autre côté, nous observons entre le Cerro Fortaleza et le Cerro Espada un intéressant phénomène climatique: une usine à nuages! Les vents sont tels que des nuages se matérialisent au milieu de nulle part, avant d’être emportés derrière ces sommets… Vers les fameuses Torres del Paine! Voilà qui explique la fâcheuse tendance des tours à se planquer dans un amas de nuages…

Panoramique est et usine à nuages.

Panoramique est et usine à nuages.

Pour notre part, nous nous estimons chanceux: la vue a été bien dégagée dans cette vallée, et le soleil a brillé sur toute cette journée!

Au mirador de la valle frances.

Le vent ne nous oublie cependant pas, et le terme « lessivés » prend tout son sens alors que nous arrivons au terme de l’interminable descente qui nous ramène à la tente. On se sent fraichement extraits d’une essoreuse! La nuit blanche commence à se faire vraiment sentir et nous ne nous attardons pas: après un dîner de soupe et de pain (l’ordinaire du trek) et quand même un petit carré de chocolat avec la tisane, au dodo!

J3: un long portage.

La journée est donnée pour 9 longues heures de marche, sans possibilité cette fois de se débarrasser de nos gros sacs. Cela nous inquiète un peu (deux paires de genoux fragiles aiment rarement ce genre d’exercice) et nous partons tôt afin de se permettre de longues pauses de récupération. Heureusement la nuit a été excellente grâce aux arbres!

Potrtage le long des lacs.

Portage le long des lacs.

Finalement les deux premières heures sont étonnamment faciles jusqu’au refuge Los Cuernos où nous marquons une pause. Nous sommes en avance, mais comme un petit vent frais souffle encore, on n’a pas vraiment envie de trainer. Deux nouvelles heures de montée et descente nous permettent d’apprécier sans retenue la vue sur le Lago Nordernskjöld. Nous ne croisons que peu de monde par rapport aux journées précédentes, et lorsque nous élisons un surplomb pour y déjeuner, c’est un couple de condors qui apparaît!

yakari et nanabozo

Un peu plus loin, nous rencontrons un lapin géant tout droit sorti d’un album de Yakari. Celui-ci ne parle pas, mais il nous regarde tout à fait calmement, puis s’en va lentement comme pour nous prouver qu’il n’a pas peur. Il doit bien nous arriver au genou au garrot!

Quand apparaît un providentiel panneau « Raccourci vers le campement chilien », on ne dit pas non! Non indiqué sur la carte, ce chemin pourtant passant permet de ne pas descendre tout en bas de la vallée avant de la remonter. C’est le Rio Ascencio que nous dominons cette fois alors que nous remontons la vallée balayée par les vents. De face, ils nous rendent la montée un peu plus compliquée encore!

Nous nous croyons arrivés lorsque nous atteignons le Campamiento Chileno, mais la déception est double: la carte indiquait un magasin, qui ne contient finalement quasi que des bouteilles d’alcool. Pas un paquet de pâtes, alors que nous comptions dessus pour le ravitaillement! Heureusement nous passons à un moment où ils ont du pain et des sablés, ce qui va nous permettre de tenir jusqu’à la fin, en nous rationnant un peu, à défaut de pouvoir varier nos menus. Autre déception: les prix prohibitifs des emplacements, et leur faible nombre qui nous cantonnerait au bord du chemin. Revigorés par une petit bière bien méritée et toujours bien en avance sur l’horaire de la journée, nous décidons finalement de continuer à monter jusqu’au Campement Torres, bien mieux situé et gratuit. Un dernier effort dans la montée bien raide, et nous avons bien mérité le repos et le pain frais au dîner!

J4: déjeuner au pied des tours et repos.

Le réveil a sonné à 4h, mais après la pluie qui a martelé la tente toute la nuit, nous renonçons au réveil aux aurores devant le risque de trouver les Torres dans les nuages. À 10h et sous le soleil, on est bien plus motivés! Grâce au dernier effort de la veille, il ne reste que 45 petites minutes de montée jusqu’au point de vue sur les fameuses Torres del Paine.

Les fameuses Torres del Paine.

Les fameuses Torres del Paine.

Au pied des Torres del Paine !

Elles nous font l’honneur de se montrer, entre deux nuages dont nous connaissons maintenant l’origine. Un petit glacier et son lac de fonte s’étalent à leur pied. On ne se lasse pas de les admirer! Et grâce à notre journée de rab’ dans le Parc, nous pouvons nous permettre de nous poser déjeuner là pour en profiter durablement. Ce n’est qu’en repartant que nous nous rendons réellement compte qu’il y a maintenant beaucoup de monde autour du lac.

Nous prenons aussi le temps de bien observer les environs. La géologie locale a l’air complexe, avec ces étonnantes strates qui ressortent en écaille !

Strates étonnantes.

L’après-midi est très bien employée: au programme, une bonne sieste!

J5: redescente typique patagonienne.

Est-ce pour que l’on ne prétende pas que le mauvais temps patagonien est complètement surfait? Ou pour que nous ne regrettions pas d’avoir porté pour rien notre matériel de conditions extrêmes? Toujours est-il que la météo nous a reservé pour notre dernier jour un petit cadeau, car le vent qui souffle de plus bel est maintenant chargé d’une pluie qui fouette le visage. Heureusement que la journée est courte!

Notre descente, ballotés par le vent, se passe dans un tourbillon. Nicolas menace même de s’envoler dans un endroit particulièrement exposé! Il y a largement de quoi être contents d’arriver au luxueux hôtel Torres, et se venger sur un bon chocolat chaud!

Puis le soir à l’hostel, nous fêtons la fin du trek et les retrouvailles avec la douche chaude et le bon lit par un gros plat de raviolis précédés de nachos et guacamole. Cela faisait bien deux jours que nous concoctions le menu 🙂 Miam!

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