Déjeuner-débat pour la Quinzaine du Commerce Equitable

Déjeuner-débat pour la Quinzaine du Commerce Equitable

Pour la Quinzaine du Commerce Équitable, l‘Atelier IdF a organisé un déjeuner débat sur le Commerce Équitable, autour de représentants de la Plateforme du Commerce Équitable (PFCE) et d’Artisans du Monde.

Pour en savoir plus sur le Commerce Équitable, n’hésitez pas à consulter la page dédiée !

Présentation des deux structures

La Plateforme du Commerce Equitable est une association de loi 1901 à but non lucratif qui regroupe et anime des acteurs très divers du Commerce Equitable. Il s’agit de producteurs, de distributeurs, d’associations (agissant auprès des producteurs ou dans au niveau des circuits de distribution), de labels. La Plateforme assure une concertation entre ces acteurs et leur représentation institutionnelle. Elle a pour vocation de défendre les contours de la démarche de commerce équitable.

Exemples de son action : l’orientation de l’utilisation de l’aide publique au développement dans le commerce équitable ou des campagnes de publicité visant à augmenter la visibilité du commerce équitable auprès du grand public.

Artisans du Monde est un réseau de distribution « associatif et militant » de produits issus du Commerce Equitable. Ce réseau compte 150 points de vente en France, qui sont des associations locales de la fédérations nationale Artisans du Monde. Une sensibilisation aux problématiques du Commerce Equitable est menée auprès des acheteurs dans ces points de vente. Une centrale d’importation unique, Solidar’Monde, organise les importations pour l’ensemble des points de vente. La relation avec les producteurs cherche à promouvoir les valeurs de démocratie, de rémunération juste, de qualité des produits, de protection de l’environnement, d’équilibre homme/femme dans les décisions, de scolarisation des enfants…

Le réseau se base en grande partie sur l’action de bénévoles (de l’ordre de 6500 en France), tout en étant le premier employeur de Commerce Equitable en France avec plus d’une centaine de salariés. Artisans du Monde revendique un fonctionnement démocratique dans les prises de décision, et les bénéfices des ventes sont intégralement réinvesties dans le développement du Commerce Equitable.

Les grands éléments de débat

Lors de ce déjeuner-débat, la discussion a porté sur plusieurs points, dont voici les éléments qui me paraissent les plus importants :

Ce que je retiens du débat

Accompagnement des producteurs est une composante essentielle du Commerce Equitable

Cet accompagnement vise à promouvoir des valeurs (sus-citées), dans une démarche d’amélioration continue : dans un premier temps, les enfants du producteurs participent peut être à la production. Cependant, lorsqu’il entre dans le circuit du Commerce Equitable, ce producteur sera amené à réfléchir à la scolarisation de ses enfants. Une juste rémunération pour ses produits devra donc en priorité lui permettre de se passer du travail de ses enfants.

Commercialisation dans les grandes surfaces

Le sujet de la commercialisation des produits de Commerce Equitable dans les grandes surfaces a donné lieu à de nombreux débats.

En effet, le circuit de distribution aval des grandes surfaces ne répond pas aux valeurs du Commerce Equitable. Les marges dégagées ainsi que les modes de paiement des fournisseurs rendent souvent les conditions de travail de ceux-ci difficiles. Une méfiance est donc bien ancrée chez les acteurs du Commerce Equitable envers les grandes surfaces, qui ne vendraient des produits CE que pour améliorer leur image. Autre argument : la vente en grande surface ne permet pas de mener les opérations de sensibilisation qui ont lieu dans les boutiques spécialisées ; une partie de la fonction de la vente de produite Commerce Equitable est donc perdue.

Pour autant, des labels accréditent des produits de marque de distributeurs (MDD) ! Et la commercialisation de ces produits permet d’augmenter leur visibilité auprès des consommateurs. En France, 70% des produits de Commerce Equitable sont vendus dans les grandes surfaces. Un volume de ventes qui permet d’aider d’autant plus de producteurs du Sud.

Ce sujet divise les acteurs du Commerce Equitable. Max Havelaar et Alter-Eco ont pris le parti de travailler avec les grandes surface, tandis qu’Artisans du Monde ou Minga boycottent ces réseaux de distribution.

Vérification des impacts du Commerce Equitable sur les modes de production

Lorsque l’on achète « Commerce Equitable », on finit toujours par se poser la question : « cela sert-il vraiment à quelque chose ? ».

L’évaluation de l’impact peut se faire à deux niveaux.

Chez Artisans du Monde, les points de vente, associations locales, sont évaluées par échantillonnage par des représentants de la fédération nationale. Au niveau des producteurs, la même démarche est adoptée : des visites de contrôle ponctuelles sont menées. Mais c’est sur l’accompagnement de producteurs que repose le suivi des améliorations de pratiques de production. Par ailleurs, chaque nouveau groupement de producteur souhaitant adhérer au réseau doit constituer un dossier.

La Plateforme du Commerce Equitable analyse les différents labels de Commerce Equitable existants, à la fois sur leurs cahiers des charges et sur les modes de contrôle exercés. La professionnalisation des labels sous la pression des consommateurs leur a permis de se doter de systèmes d’audit robustes. Cependant, ces audits coutent cher, ce qui exclue d’emblée un certain nombre de petits producteurs du système, car il faut, à l’adhésion, pouvoir financer les opérations d’audit. Cette évolution est donc à double tranchant.

Défiance contre-productive vis à vis des non-militants

J’ai vu poindre au travers des débats une défiance des militants du Commerce Equitable vis à vis des « consommateurs lambda ». Cela allait du « ceux qui achètent du Commerce Equitable en grande surface ne le font que pour se donner bonne conscience » à « le bio, ça ne sert à rien si ce n’est pas aussi équitable ». Attitude peu surprenante du militant de la première heure face à ceux qui ne s’engagent pas au même niveau, mais contre-productive à mon sens. Car le Commerce Equitable a beaucoup progressé dans les mentalités : le pourcentage de français connaissant de Commerce Equitable est ainsi passé de 9% en 2000 à 95% en 2009 ! Il est impensable que les pratiques changent radicalement du jour au lendemain. L’achat de produits Commerce Equitable représente par ailleurs un surcoût que tous ne peuvent supporter.bL’énergie des militants est plus que nécessaire pour opérer ce changement, mais c’est l’accompagnement et la sensibilisation et non une attitude méprisante qui permettront d’étendre le mouvement.

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