Rando-marathon à Cochamo.

Rando-marathon à Cochamo.

Une bourgade hors du temps.

Lorsque l’on voit Cochamo sur la carte, au milieu d’un fjord sans rien autour, on se dit que cela doit être un peu perdu… Ce n’est rien par rapport à la réalité, principalement à cause des transports sous-développés: la route est pourtant bonne, mais les locaux disposent en tout en pour tout pour rejoindre Puerto Varas d’un bus le matin à 7h, et pour en revenir d’un bus partant à 16h. Parait-il qu’en saison (janvier-février) il y en a plus, mais pour les habitants, ce n’est guère pratique.

Authentique Cochamo.

Authentique Cochamo.

Peut être grâce à cela, le village a gardé un charme parfaitement authentique. Les maisons et l’église sont en bois comme à Chiloé, avec une perspective saisissante sur un volcan au bout du fjord. Un premier gros plan sur les reliefs de Patagonie!

Sauvages montagnes de Patagonie.

Sauvages montagnes de Patagonie.

Miam !!!

Miam !!!

 

Ici on vit notamment de la pêche au saumon; une bonne raison pour se faire un dîner de saumon exquis!

La « montée de la mort » jusqu’à la Junta.

Si Cochamo-village vaut la visite, le principal attrait touristique est la vallée du Rio Cochamo qui y aboutit, et notamment son site le plus connu, « La Junta ». Le chemin pour la Junta commence à quelques 12 kms de piste inintéressante de Cochamo. Nous organisons donc notre transfert en voiture avec le sympathique monsieur du resto de la veille. Celui-ci nous décrit le chemin comme « quatre fois pire que le pire chemin que vous n’ayez jamais pris ». Euh! Mais nous avons toute la journée pour monter, car nous avons décidé de dormir sur place, et nous décidons de ne pas nous laisser impressionner…

Psychédémousse

Psychédémousse!

Commence la montée dans une forêt très dense, moussue, qui bizarrement par endroit a une odeur… d’algue! Heureusement qu’il a fait sec ces derniers jours, sinon le chemin ne serait qu’une mer de boue, comme on nous avait prévenues. En l’occurance on doit tout de même éviter des bourbiers et des mares, en grimpant, s’agrippant, en sautant sur des rondins… Mais c’est tout à fait faisable et même très drôle! Avec un dénivelé tout à fait raisonnable, cela fait un chemin vraiment plaisant pour qui aime la forêt.

Attention aux bourbiers !

Attention aux bourbiers !

Pique-nique avec vue !

Pique-nique avec vue !

 

Les heures passent dans la forêt dense, et nous entendons sans le voir le torrent que nous longeons. Jusqu’à ce que nous tombions, à point nommé pour le déjeuner, sur une superbe clairière ensoleillée! C’est notre premier aperçu sur les immenses falaises de granit qui valent à la Junta son surnom de « Yosemite chilien ». Woah!!!

Puis la forêt s’éclaircit progressivement, et nous pouvons apercevoir le cours d’eau cristallin. On meurt d’envie de s’y baigner, tant des eaux sont belles!

A 16h, nous voilà (déjà!) arrivées, en pleine forme, après avoir quelque peu traîné en chemin. Au premier lodge on nous encourage à aller voir chez le voisin (étrange), mais une fois arrivées chez le voisin nous sommes bien contentes: le « refuge Cochamo » est un chalet douillet et charmant, tout en bois, avec des douches chaudes le soir, une vue exceptionnelle, un personnel très gentil. Le rêve!

Depuis le refuge, on découvre les falaises superbes qui nous entourent de tous côtés. Ca démange !

Falaises de la Junta.

Jolie dalle !

Jolie dalle !

A noter le « finish », juste avant l’arrivée au refuge, dans un « carrito ». Tout un poème à lui tout seul !

Reconnaissance pour la Frappadingue* Cochamo…

*pour qui ne connait pas la Frappadingue : il s’agit d’une course d’obstacles improbables qui a lieu aux quatres coins de la France, que des frappadingos courent déguisés en trucs improbables… Si si ça existe

La montée-de-la-mort nous a laissé un gout de trop-peu, et nous repartons après avoir commandé une pizza pour le soir (on n’est jamais trop prudent). Direction le Cerro Trinidad! Le personnel du refuge nous annonce le sentier pour 2h30 de montée, 1h40 de descente. Avec les journées longues d’ici, nous devrions avoir le temps (et la frontale est comme toujours dans le sac).

 

Obstacle "tronc au dessus de la rivière en furie"...

Obstacle « tronc au dessus de la rivière en furie »…

Sauf qu’on a oublié de nous dire que le chemin est cette fois-ci hyper dur! On monte à pic sur un chemin parfois difficilement reconnaissable (nous perdons beaucoup de temps à deux reprises à chercher le chemin, en fait certaines balises sont tombées au sol), mi-marchant mi-escaladant des racines, des troncs, des rochers! On passe sous (et sur!) des alerces millénaires et à travers des bancs de bambous locaux, au milieu de paysages moussus, c’est dur, bien plus dur que le chemin de montée (qu’on finit quand même par sentir dans les pattes), mais c’est bien marrant! On surveille de près la montre pour ne pas nous finir à la frontale, ce qui serait bien moins pratique.

 

Obstacle" les toboggans de l'enfer".

Obstacle » les toboggans de l’enfer ».

Disons-le tout de même haut et fort : la forêt est magique, tous ces efforts valent largement le coup !

DSC08362_640pxMalgré nos égarements nous sortons de la forêt pile au bout des 2h30 annoncées. Il n’y a malheureusement pas la vue rêvée sur la vallée où le soleil est en train de se coucher, mais nous nous retrouvons face à une immense paroi de granit pâle, fissurée par endroits, présentant en son centre ce qui doit être une voie d’escalade magnifique pour grimpeurs de haut vol!

Mais nous ne prenons que le temps de quelques photos et de grignoter une barre, car la descente nous inquiète vu les obstacles passés à la montée. Mais finalement elle ne présente pas de vraie difficulté, avec des bambous ramassés au sol pour nous aider, et nous la dévalons en 1h20.

Fin de coucher de soleil sur les falaises en face.

Fin de coucher de soleil sur les falaises en face.

Le personnel du refuge nous guettait, et nous pouvons profiter d’une traite d’une douche brulante, une belle pizza et d’une grande bière, ça va mieux! Voilà une journée bien remplie, où Cristina m’a vraiment impressionnée par son endurance, elle qui ne randonne pas depuis bien longtemps!

Un dîner bien mérité !

Un dîner bien mérité !

Dur de repartir…

Réveil en douceur.

Réveil en douceur.

Le dortoir vide avec ses immenses fenêtres donnant sur les montagnes alentours nous permet d’être réveillées doucement par le soleil sur ce superbe paysage après une excellente nuit.

Je ne peux me passer de décrire le superbe petit déjeuner qui nous est servi le matin, avec pain maison (blanc et complet-noix-raisin secs), manjar (appellation locale de la confiture de lait) et une confiture qui parait maison aussi, avec un vrai café dans une cafetière à l’italienne. Miam!!

Il faut bien le dire, on n’a aucune envie de partir. Ce lieu magique mérite qu’on y reste 3-4 jours au moins, voire beaucoup plus pour les grimpeurs!

Pour Marika et Lucie, aucun regret à avoir malgré tout : l’excursion à la journée depuis Ensanada, seule chose que nous aurions pu faire, ne vaut vraiment pas le coup car on passe complètement à côté du site. Cochamo est à garder pour un prochain voyage, il se combine facilement avec la Patagonie du Nord par exemple!

Malheureusement, il faut tout de même redescendre, car nous sommes maintenant sur le chemin critique pour nos avions à Puerto Montt… Adieu Junta, nous ne t’oublierons pas!

Le lapin et le miracle.

Nous pensions que l’aventure s’arrêtait là, qu’une fois passée la porte du refuge, le pus dur était fait… Quelle erreur…

La descente est agréable, mais le sentier n’est pas toujours très facile à suivre et nous galérons parfois au milieu des arbres pour éviter la boue et les pierres. Au bout des 4h de descente on sent bien que la journée de la veille a été dure, les jambes et les pieds s’en ressentent! On pense malgré nous au moment où l’on s’assiéra dans la voiture, à celui où l’on pourra dévorer des empanadas dans le bus en filant vers Puerto Montt…

Nous parvenons au point de rdv avec notre chauffeur à 13h32, pas si mal pour un rdv a 13h30! Il n’est pas là, et comme il n’y a qu’un seul chemin pour arriver là, nous décidons de continuer à avancer pour gagner du temps quand il arrivera. Le temps et les kilomètres passent sur la piste blanche, où le soleil tape fortement, et petit à petit c’est l’incrédulité qui s’installe: il nous a oubliées! Nous lui avions expliqué la nécessité pour nous d’attraper le bus de 14h30, le fait que nous avons un avion tôt le lendemain à Puerto Montt, et pourtant il faut bien nous rendre à l’évidence : il nous a posé un lapin.

Nous marchons le plus vite possible, fatiguées et le ventre commençant à rappeler que l’heure du déjeuner est largement dépassée. Les carabinieros de Cochamo nous ont indiqué hier qu’il y avait un second bus à 16h30… Nous n’y avions cru qu’à moitié mais cela se profile comme étant notre seule chance de rejoindre Puerto Montt sans une explosion des frais.

« J’étais en train de me dire qu’avec un miracle, on peut encore l’avoir » me dit Cristina, alors que je calcule déjà nos chances d’attraper l’hypothétique bus de 16h30. À point nommé, car une minute plus tard nous entendons derrière nous une voiture arriver. C’est une famille de quatre, la voiture est pleine 🙁 Mais ils s’arrêtent nous demander si tout va bien. Et en entendant notre histoire, il nous proposent de nous avancer, l’une des sœurs à l’arrière se mettant sur les genoux de l’autre! Tellement adorable!!

Il est 14h25 et les chances sont minces, car il nous faut encore récupérer les sacs à l’hostel, qui est dans le bas du village. Mais quand nous parvenons à la fin de la piste, que voit-on sur la route? Le bus!! Le papa accélère pour le doubler, et nous arrête de façon à ce que nous puissions l’attraper. Eux partent en fait dans la direction opposée à Cochamo, mais grâce à leur gentillesse, nous voilà à présent dans le bus!

Reste le soucis des sacs à aller chercher, mais une fois encore la gentillesse des chiliens nous épate: le chauffeur et son aide nous proposent de nous attendre le temps que nous allions les chercher, tout en nous confirmant que le bus de 16h30 n’existe absolument pas. Après un sprint pour descendre jusqu’au centre du village et un dernier effort pour remonter la côte avec nos énormes sacs, on peut enfin s’affaler dans le bus déjà bien rempli. Et savourer le « gâteau de Pâques », sorte de pain d’épices, que j’avais malencontreusement oublié dans mon sac. Voilà un gâteau qui aura été bien apprécié!!!

Épilogue

DSC08403_640pxGrâce aux chiliens adorables, nous sommes rentrées sans plus d’encombres à Puerto Montt. Nous avons pris la première auberge près de la gare routière, mais sommes ressorties clore notre voyage ensemble par un bon dîner. Au milieu du restaurant trônait un grand arbre de Noël, nous rappelant d’un coup  au calendrier.

Cristina a bien pris son avion pour Madrid (à l’heure où je termine cet article, elle est bien rentrée à Marseille), et moi pour Punta Arenas, où j’attendrai Nicolas pour la dernière partie du séjour, dédié à la Patagonie. Avant de rentrer en France pour les fêtes en famille! Chic !

6 Comments

  • Alain Piou
    09/12/2013 at 22:12 · Répondre

    Max d’émotions! Bus: 1 taxi: 0 . Après tout ça, Je veux bien croire qu’un bon dîner c’est le top!!! Le réveillon approche…La patagonie s’annonce passionnante Bises à tous les deux

  • Catherine
    09/12/2013 at 16:00 · Répondre

    Bravo ! Sympa la rencontre avec le chauffeur de bus patient… j’imagine bien cela ici, faire patienter tout un bus…

    • stephpiou Author
      19/12/2013 at 22:38 · Répondre

      C’est tout à fait ce qu’on s’est dit, ç’aurait été l’émeute 😉
      En cela l’aventure est d’autant plus raffraichissante…

  • Pap´s
    08/12/2013 at 13:45 · Répondre

    La chance sourit aux audacieux(ses) !
    Surtout quand elles sont bien préparées et ont mis le maximum d’atouts de leur côté.
    Pense quand même à mettre une bougie de remerciement à ton saint patron dans la prochaine église en bois coloré que tu visiteras 🙂
    Vivement Noël, oui, que nous te retrouvions.
    Et en attendant, profite bien du plein été à Punta Arenas avec Nico, quelle chance ! (encore ! … 😉 )
    Gros bis,
    Pap’s

  • Majo
    07/12/2013 at 15:30 · Répondre

    Oh !a llà…C’est de plus en plus osé et vertigineux,et j’ai l’impression que vous donnez des sueurs froides même aux « locaux »! moyennant quoi nous partageons des aventures palpitantes…
    A tres bientôt,maintenant ,hélas pour toi …Finis bien le séjour avec Nicolas ,prudemment quand même;
    Bisous

    • stephpiou Author
      07/12/2013 at 18:19 · Répondre

      Pas d’inquiétudes, nous avons toujours été prudentes! Les locaux savaient parfaitement où nous étions, nous avions nos frontales, et je n’ai surnommé la « montée-de-la-mort » ainsi qu’à cause de l’exagération très forte de notre chauffeur à l’aller. Par temps pluvieux cela doit être plus dur (sans être dangereux) mais là ça n’avait rien de difficile.
      Aucun soucis à se faire donc!
      Bises et à bientôt!


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