Toujours plus haut : le Pisco!

Toujours plus haut : le Pisco!

La Cordillère Blanche compte une foultitude de sommets de toutes altitudes et toutes difficultés. Avec notre bonne acclimatation (cela fait près de 3 semaines que nous crapahutons!), il aurait été dommage de ne pas tenter une ascension!

Nous avons jeté notre dévolu sur le Pisco: sommet en ascension glaciaire qui ne nécessite cependant pas de connaissance technique particulière qui nous aurait fait défaut. Les mauvaises langues diront peut être que c’est son homonyme alcoolisé qui nous aura convaincu, que nenni! Nous espérons que les quelques 8h d’ascension prévues le jour J nous donneront l’occasion de profiter d’une vue superbe! Et afin de ne prendre aucun risque, nous partons avec l’agence QuechuaAndes en qui nous avons maintenant toute confiance, et retrouvons avec plaisir Juanito pour nous guider!

Mercredi, 8h.

Et voilà, le matériel est dans le sac, qui a pris une sacrée brioche, même en ne prenant que le strict nécessaire. Un autre groupe fera l’ascension en même temps que nous, ils sont huit, ce qui leur donne une inertie considérable. Mais avec Juanito nous formons un groupe indépendant et nous nous échappons dans le taxi du sympathique Théo, qui nous avant emmené à Hatun Machay. Le temps très maussade de ces derniers jours s’est nettement amélioré: le soleil brille dans la vallée et certains sommets se sont libérés du joug des nuages. Espérons que cela dure au moins 2 jours!

15h20

Nous voilà arrivés au refuge, au moment même où la pluie et la grêle commencent à tomber, et l’orage à tonner. Par chance, au moment où nous avons franchi le col, les nuages se sont dégagés et nous avons pu profiter d’une vue superbe sur le chemin de demain. C’est impressionnant! Aller et retour nous devrions en avoir pour 12h ou 13h. Alors qu’aujourd’hui, en comptant les pauses, nous avons franchi les 700m de dénivelé en un peu plus de trois heures, en comptant les pauses. Aucun soucis lié à l’altitude à déplorer, nous sommes étonnés. Demain cela risque d’être une autre paire de manches. Mais pour l’instant il s’agit de profiter du confort de ce refuge qui a « l’intolérable » confort d’être chauffé!

Le groupe d’Américains n’est pas encore arrivé, les pauvres doivent finir la montée sous la pluie.

19h

Il a fallu se forcer un peu pour avaler le dîner, une belle et bonne assiette de poulet en sauce accompagné de riz et d’énormes tranches de pomme de terre (mais quelle taille pouvait donc avoir cette patate?!). En effet après avoir mangé un petit dej à 10h30, deux sandwichs à 14h, un goûter à 16h, on se demande si on est là pour un sommet ou un marathon de la bouffe! Mais ce sont ce riz et ces patates qui nous aideront à monter tout à l’heure, et nous obtempérons sans trop se faire prier…

Un des américains est inquiétant, il semble présenter des signes d’un mal aigu des montagnes (il s’endort dans son assiette, tient des propos peu cohérents et refuse de boire), mais ses camarades ne prennent pas cela au sérieux. Nous alertons tout de même les guides, avant d’aller nous coucher dans le grand dortoir. Que quelques heures de sommeil à grapiller, le réveil est mis à minuit pour commencer l’ascension!

Jeudi, Minuit

Avant que l’adrénaline n’ait vraiment pu monter au réveil, deux des guides se sont précipités à la fenêtre du dortoir, et précipités pour se recoucher. Hum, pas encourageant! Puis le verdict tombe: nous allons attendre une heure de plus, il neige! Gloups! Nicolas aperçoit une couche de neige de quelques centimètres sur un muret. Soyons positifs: la neige embellira la montée… En même temps elle risque de ne pas faciliter la traversée de la moraine, en cachant les cailloux, ni la traversée du glacier en ralentissant la progression. Nous verrons, tout n’est pas perdu… Certains se sont bien remis de la nouvelle, on entend déjà des ronflements…

10h30.

Quelle journée! Dur de se dire qu’on n’est encore aussi tôt. Finalement on a sonné le réveil à 1h, la neige s’était calmée. Nous avons commencé par petit déjeuner, histoire de laisser un peu de temps à la digestion. Quand nous sortons, premier groupe prêt, aux alentours de 2h10, la neige a bien repris. Elle brille dans le faisceau des frontales, s’accroche à nos vêtements, couvre le sol d’une pellicule blanche glissante. Ambiance!

Neige et nuit, sur la pas de la porte du refuge.

Neige et nuit, sur la pas de la porte du refuge.

 

Avec cette visibilité réduite, nous nous lançons dans la moraine. Le chemin n’est pas visible sous la neige, nous naviguons dans la roche glissante, essayant de trouver les spots les moins dangereux. La montée prend en théorie 2h, en pratique nous sentons qu’elle prend BEAUCOUP plus longtemps! L’altitude se manifeste et le petit déjeuner a beaucoup de mal à passer, tandis que nous avons beaucoup de mal à trouver notre rythme sur ce terrain inégal. Les seuls repères que nous avons sont une lueur devant (un groupe qui dormait sous la tente, qui est parti avant nous) et quelques unes derrière (les Américains ont du décoller).

Enfin on arrive au pied du glacier, petit coup d’œil à la montre, nous avons mis plus de 3h. En étant partis avec une heure de retard du refuge, cela commence à faire… Le groupe de devant finit de s’encorder, ils se lancent avec un enthousiasme qui fait plaisir à voir dans la paroi qui parait fort pentue. Pour notre part à tous les deux, les mains sont gelées, le dos en compote à force de se crisper pour ne pas se blesser, les pieds commencent à souffrir dans les chaussures de location. Mais nous chaussons les crampons (une première pour Nicolas, pas n’importe laquelle!), nous sommes arrivés jusque là, nous n’allons pas faire demi-tour devant le glacier! La trace de nos prédécesseurs est plus que bienvenue, mais ne nous empêche pas de nous enfoncer copieusement dans la neige fraîche. La progression est très lente… Nous avons du franchir 100, peut être 150m de dénivelé quand Juanito nous expose la situation: la cordée devant a pris trop à gauche, se rapprochant d’une paroi avec risque de chute de pierre. Soit nous continuons, beaucoup plus difficilement car il faudra faire notre propre trace, soit nous faisons demi-tour ici. La neige est toujours aussi dense et l’heure est trop avancée pour continuer à penser au sommet, nous sommes fourbus et optons pour un demi-tour stratégique et sans regrets.

Nous sommes presque sortis du glacier que les nuages se lèvent enfin! Tout d’un coup la moraine se dévoile, un lac apparaît, le glacier prend toute son ampleur. Autant prendre cela comme un signe que nous avons fait le bon choix, au moins nous allons pouvoir profiter un peu plus de la descente! Au moins le « chemin » est plus évident par ce temps…

Le nuage se lève. Tiens, un lac !

Le nuage se lève. Tiens, un lac !

 

Ce qui n’empêche pas le retour  d’être épuisant: nous glissons sur les pierres couvertes de neige, tombons dans des trous camouflés, malgré le soin que Juanito prend à déblayer le terrain comme il peut. Nous atteignons un état digne de zombies: cela fait plus de 7h que nous marchons dans le froid, les seules choses que nous ayons réussi à manger étant quelques abricots secs et une barre. Nous avons tous les deux le dos complètement crispé, douloureux. Le casque prouve son utilité sur un beau plongeon de Nicolas. Concentration concentration!

Notre dernière épreuve apparaît: une immense paroi quasi verticale de la moraine. Un « chemin » y grimpe, profitant d’une zone un peu moins escarpée. De l’autre côté de la moraine, la neige a commencé à déloger des pierres qui dévalent. Vite vite, ne restons pas là!

Si, il y a un chemin...

Si, il y a un chemin…

 

Enfin le refuge apparaît, si proche que je ne le vois pas tout de suite. Youhou!

Et oui, il y a un refuge !

Et oui, il y a un refuge !

 

A l’intérieur, c’est le calme plat: les Américains sont tous couchés, leurs guides jouent aux cartes, quel choc après notre épopée hivernale! C’est l’heure d’un bon thé bien chaud!

19h

C’est l’heure du dîner, après une après-midi occupée en jeux de cartes, sieste et grignotage pour récupérer de la frugale première partie de journée. Nous avons profité tranquillement du cadre, suivant les alternances rapides d’averses et d’éclaircies depuis la salle commune du refuge, en sirotant du thé. La matinée semble bien loin! Nous n’avons aucun regret: le sommet du Pisco n’a pas émergé des nuages de la journée, nous n’y aurions rien vu de toute façon. Et sans la neige fraiche, nous aurions sans doute pu y arriver… c’est la règle du jeu absolue: c’est la montagne qui décide! Nous garderons un souvenir marqué de notre tentative, entre froidure, excitation de l’aventure nocturne, persévérance sur ces longues heures de marche, émerveillement devant le paysage en nuances de gris qui a fini par se dévoiler….

Vendredi, 7h

Le Refugio Peru par beau temps.

Le Refugio Peru par beau temps.

A 6h le dortoir s’éveille, les Américains s’agitent pour faire leurs sacs, et on entend la nouvelle: il fait grand beau! Vérification faite, il n’y a pas un nuage dans le ciel. Le paysage est méconnaissable, le Pisco superbe, son glacier reflétant gaiement les rayons éblouissants, comme pour nous narguer. Il s’en est fallu d’une journée! Mais nous sommes contents, pas amers: au moins la journée sera belle et on pourra profiter des paysages! Avec ce temps il n’y à plus à hésiter, nous allons au lac 69, histoire d’en profiter!

Les Américains ont beaucoup de mal à se décider sur qui vient ou non, finalement il y en aura 4 avec nous, plus un guide. Juanito nous propose de laisser nos chaussures d’alpinisme, piolets et crampons, pour nous alléger. Lui e les deux guides restants les descendront dans la vallée directement. C’est volontiers!

11h

Arrivés au lac 69! C’est top, il n’y a personne à cette heure-ci, les trekkeurs à la journée arriveront bien plus tard. Le trajet n’a pas été assez rapide pour voir le Chacraraju sans nuages mais la vue est tout de même superbe, et nous avons eu des points de vue superbes pendant tout le trajet ! Nous nous posons sur le bord du lac, tranquilles quelques instants, la récompense!

16h30

Il y a une semaine, ceci était une toute petite cascade.

Il y a une semaine, ceci était une toute petite cascade.

Huaraz! La descente du lac a été longue, mais sans difficulté. Les cascades qui il y a quelques jours étaient de petits filets étaient aujourd’hui de grands torrents dévalant de la montagne, preuve que les précipitations de ces derniers jours ont été conséquentes! C’était superbe. Le trajet en taxi a paru interminable, mais nous voilà enfin arrivés. Maintenant c’est l’heure du réconfort: une douche bien chaude!

 

19h

Pour clore cette aventure, quoi de plus adapté qu’un petit Pisco Sour ?! 😉

Pisco Sour !

Pisco Sour !

7 Comments

  • ChtiteCo&Family
    04/11/2013 at 22:54 · Répondre

    Wahou. Quelle aventure…
    C’est vraiment une chance d’avoir pu vous créer ces souvenirs à deux 🙂

  • M.J.PIOU
    23/10/2013 at 16:36 · Répondre

    Je suis contente de partager de loin vos émotions et vos enthousiasmes…Le Pisco ,dernier chapitre que j’ai lu de vos pérégrinations me donne des frissons…Heureusement qu’on vous sait raisonnables dans vos décisions.
    J’attends le prochain chapitre avec impatience et vous embrasse affectueusement
    Majo

  • Lucie
    23/10/2013 at 13:59 · Répondre

    Quelle aventure!!
    Les photos sont magnifiques.
    Bises

  • Jean-claude
    20/10/2013 at 21:33 · Répondre

    La montagne sous la neige c’est pas facile et en plus de nuit !! bravo à vous deux.
    Que d’aventures et souvenirs.
    Je trinquerai bien avec vous pour goûter le pisco sour.
    Bisous à tous les deux.
    Jean-Claude

  • annie
    20/10/2013 at 09:20 · Répondre

    Je prense que vous avez eu raison de faire demi tour.Les photos sont toujours auusi magnifiques
    Vous garderez de bons souvenirs
    Bisous
    Annie

  • Pap´s
    19/10/2013 at 19:34 · Répondre

    Vu les belles images, le Pisco n’était visiblement pas trop aigri 😉
    Et si vous aimez le pisco sour, il faut paraît il absolument goûter celui du Gran Hotel Bolivar de Lima.
    Je serai content de vous l’offrir… saludos !
    Les fantômes d’Ava Gardner et autres qui aimaient le pisco sour y sont parait-il toujours aussi, en prime.
    Gros bis à tous les deux,
    Pap’s

  • Fabienne
    19/10/2013 at 17:59 · Répondre

    Coucou Stéphanie!
    A chaque fois j’oubliais de m’envoyer ton lien vers la maison et, depuis EDF, ça ne rend pas grand chose…
    Ouaah, franchement, c’est super ce que vous faites, que d’aventures sur ce sommet!
    Et merci pour toutes ces photos magnifiques, finalement, nous aussi on voyage…
    Bonne route!
    Fabienne


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