Xtrem trek : Camino Huanca.

Xtrem trek : Camino Huanca.

Quand enfin est venu le moment de partir pour le « Camino Huanca Trek », notre guide Lucho nous a trouvées à bloc: après 3 jours d’acclimatation à Huancavelica et une superbe journée à Huancayo, nous avions envie d’en découdre!

Prêtes au départ !

Les deux heures de mini-bus nous ont permis de faire plus ample connaissance avec Grégoir et Ilka, nous co-trekkeurs allemands, très sympa! Walter nous accompagne aussi avec son fils. Ne vous fiez pas à son nom, Walter est péruvien, « pastore » de profession, c’est-a-dire éleveur de llamas, On appelle « pastore » les éleveurs de llamas dans les Andes péruviennes. et son fils et lui sont là pour maîtriser le troupeau de 9 llamas qui nous accompagnent dans cette expédition. Quant à Lucho, notre guide aux cheveux longs et poivre-et-sel, c’est une figure de la vie locale, qui depuis des années pour la création d’un parc national dans la zone où nous allons, et sensibilise les communautés de la montagne Huancayenne comme de la jungle proche pour qu’ils échappent aux « erreurs faciles de la modernisation ».

Autant se le dire tout de suite, ce trek a été des plus extrêmes, non pas dans son contenu sportif, mais surtout dans la découverte sans édulcoration des conditions de vie locale…

Lundi, mise en jambe pleine de rebondissements!

10h

Première sortie pour les belles chaussures rouges!

Première sortie pour les belles chaussures rouges!

Nous voilà enfin au départ du trek! Nous sommes entourées de nuages mais le soleil parvient à percer suffisamment pour prodiguer un peu de chaleur.

Tout d’un coup, le groupe de llamas apparaît derrière la colline. Poussés par deux cavaliers, ils se dirigent vers nous. Ils sont superbes, de couleurs variées, et certains ont été décorés de fleurs sur la tête, le cou, et même le poitrail pour le chef du troupeau. Ceci fait suite à un rituel qui précède apparemment chaque départ en trek, depuis une époque ancestrale. Pour nous européennes peu habituées à les côtoyer d’aussi près, c’est un superbe spectacle.

« Hold them » nous dit Lucho, ce que nous mettons quelques secondes à comprendre. Il s’agit de se déployer en demi-cercle, bras écartés, pour intimider les llamas et les inciter à s’arrêter. Tactique payante! Commence alors un ballet improbable, dans lequel nos deux pastores doivent attraper un à un les llamas récalcitrants pour les harnacher. Par les oreilles, le cou, la queue (stratégie beaucoup moins efficace mais hilarante pour l’assistance), tous les moyens sont bons! Le troupeau charge de manière désordonnée à chaque nouvelle tentative, pas facile de rester zen face à eux! Les bâtons de rando aident fortement à les tenir à distance.

Enfin tout le chargement a trouvé porteur. Surprise: tous les llamas n’ont pas de charge! Il y en a plus que nécessaire. On nous explique que c’est à cause de l’instinct grégaire de l’animal: il ne supporte pas de ne pas être en troupeau. Apparemment, partir avec un petit groupe de llamas ne sert à rien: ils s’enfuient la nuit pour se mettre en recherche de camarades camélidés. Et vu qu’ils se nourrissent de l’herbe drue des hautes montagne, il n’en coûte pas grand chose d’en emmener « trop » pour ne pas avoir à les chasser à travers toutes les Andes… À part peut être quelques difficultés supplémentaires à maîtriser la caravane.

14h30

Nous sommes un peu surprises d’être déjà arrivées au campement à cette heure-ci, mais peut-être est-ce aussi bien pour une première journée en haute altitude. Nous sommes à 4800m environ!

Guacamole "des montagnes"

Guacamole « des montagnes »

La montée a été belle, les nuages nous permettant tout de même de profiter de la vue sur les trois lacs que nous avons croisés successivement. Le premier était quasi noir, le deuxième turquoise, le troisième vert ; jolie palette! Au déjeuner, une fine pluie a accompagné les sandwichs à la guacamole maison (écrasée dans une sachet plastique et étalée comme avec une douille, hyper efficace), mais les nuages se sont levés suffisamment pour que nous puissions admirer le glacier!

Il nous faut maintenant monter les tentes, car ce trek est volontairement plus « rustique » que celui du Santa Cruz.

20h

Voilà une après-midi pleine de rebondissements! À peine les tentes montées, une fine pluie s’est mise à tomber, suivie par une un peu plus forte, et ensuite un déluge. Super! La balade de l’aprem est remplacée par une séance d’aménagement intérieur de la tente…

Petit thé sous la tente... Toute une technique !

Petit thé sous la tente… Toute une technique !

Pas moins épique, croyez-moi, car la tente est franchement plus pour deux que pour trois! Nos tapis de sol se chevauchent, il faut alterner les tours pour être assises, les autres devant rester allongées! Le bon point: on se tiendra bien chaud cette nuit! Ce qui commence à prendre de l’importance quand le clapotis de la pluie est remplacé par le bruissement de la neige sur le toit de la tente! Serrées comme nous sommes à l’intérieur, et avec le poids de la neige qui s’accumule à l’extérieur, la chambre a vite fait de toucher le toit, au risque de tremper les duvets. L’ingénierie des ingénieurs ne pouvait laisser passer pareille occasion de mouliner, et deux tapis de sol sont dressés contre les parois pour encaisser l’humidité. Et grâce à tout cela, c’est quasi 1h30 d’après-midi de gagné, le temps de s’organiser entre deux fous-rires!

DSC05538_640pxOn l’avoue franchement, on a laissé passer l’appel pour venir sociabiliser autour de la popote. Peut être pas très sympa, mais sous les intempéries il était un peu dur de se motiver. La surprise a donc été de taille quand nous sommes sorties à l’appel de la soupe, aux environs de 17h30 (!). Le paysage est recouvert d’une pellicule de neige de quelques centimètres. Le groupe se pelotonne sous des ponchos autour de la popote qui regorge d’une bonne soupe aux pâtes, fromage, carottes… À manger vite, car la neige la refroidit et la dilue à la fois!

Quand nous comprenons que le bol de soupe est tout ce qui est prévu au menu, c’est l’incompréhension. Le petit-déjeuner est dans quelques 14h, et nous avons suivi les conseils de Lucho de ne surtout pas emmener de vivres de course, « tout étant prévu ». Après l’abondance du trek Santa Cruz, cela avait paru tout à fait raisonnable à l’époque, mais là nous avons du mal à imaginer tenir sur cette maigre ration. Notre dernier sport de la journée consiste donc à « arracher » un sandwich au fromage et un paquet d’Oreos chacun en plus, au prix d’une discussion étonnante.

DSC05539_640px

Délires d'Oréos.

Délires d’Oréos.

Retour dans la tente, nous méditons sur notre statut de « grosses bouffes » nouvellement découvert… Mais les fous-rires ne tardent pas à se déclencher à nouveau, photos à l’appui. Les Oreos ne font pas longs feu, et nous sommes prêtes à assumer ce qu’il faudra tant que nos estomacs ne nous réveillent pas en pleine nuit!

 

Au bout d'un moment, on finit par ne plus trop rigoler...

Au bout d’un moment, on finit par ne plus trop rigoler…

…Jusqu’au moment où Charlotte se met à saigner copieusement du nez! Les changements de pression liés à l’altitude ont atteint son nez sujet à ce genre d’épisode. Mais là, paquets de mouchoirs et compresses n’y font rien, et au bout de quelques minutes d’une impressionnante hémorragie, elle pâlit visiblement et on rigole beaucoup moins. C’est Lucho qui aura le conseil-clé: s’allonger sur le dos, quitte à cracher le sang qui coule dans la gorge. En quelques minutes, l’amélioration est très nette, re-ouf puissance trois!!

Il est temps de se calmer (tout de même, 20h, il est tard), de lire ou écrire tranquillement puis d’essayer de s’organiser au mieux pour dormir. Chaque mouvement nous essouffle, et vu le froid dehors les sorties sont à limiter au maximum…

 

 

Mardi, on prend le rythme.

11h

Quelle nuit! Le sommeil nous a fuit, ce qui n’est pas anormal à cette altitude : les cœurs sont emballés par l’air raréfié et vite saturé dans cet espace restreint. Chaque mouvement de l’une se répercutant sur les autres, il a fallu avoir recours à de petites « aides » pour grappiller quelques heures de sommeil.

 

Surprise : du ciel bleu !

Surprise : du ciel bleu !

A 6h, la tente est baignée de lumière, il est une heure raisonnable pour commencer à s’agiter. On entrouvre précautionneusement la chambre, puis la porte… Surprise, le soleil brille, illuminant un magnifique paysage de lacs enneigés! Une fois extraites de la tente, nous pouvons même admirer le superbe glacier qui nous surplombe.
Le petit déjeuner est prévu à 8h, ce qui nous laisse amplement le temps de nous balader, prendre des photos et ranger notre tente. Assis sur des tapis de sol à même la neige, nous voilà servis de sandwichs saucisse-fromage et de lait chaud pour faire un porridge. Copieux et hors de nos habitudes, mais nous savons de l’expérience d’hier que les repas peuvent être inégaux, alors il vaut mieux se forcer un peu, chacune suivant notre condition!

Nouvelle technique pour charger les llamas...

Nouvelle technique pour charger les llamas…

Il s’agit ensuite de plier les tentes une fois séchées (processus à le technique millimétrée par Lucho et qui prend un certain temps!), puis de charger nos amis les llamas. Aujourd’hui nos pastores ont décidé d’utiliser une autre technique pour les harnacher. Ils les encerclent d’une corde, tandis que nous formons à nouveau une barrière vivante et gesticulante. Ils parviennent à faire un nœud autour du cou de certains, vaguement de faire un tour autour d’autres, mais il nous semble plutôt que sitôt l’un est encordé, sitôt l’autre se libère! Un sot brun se distingue particulièrement dans le troupeau par son esprit d’indépendance…

C’est long, long, long, et nous avons hâte de partir marcher, heureusement que le soleil brille toujours! Il est 11h, on va enfin décoller!

18h

La journée de marche nous a permis de contourner la montagne pour retrouver l’autre face du même glacier. Le neige a rendu malheureusement trop dangereuse la piste « panoramique » passant par les hauteurs, et nous avons passé beaucoup de temps sur une route de terre n’en finissant pas.

Le glacier brille fièrement sous le soleil, tout aussi torturé de ce côté, et gronde régulièrement, preuve des mouvements incessants qui agitent cette immense masse de glace. À ses pieds se trouve un lac d’un joli bleu, autour duquel nous allons nous balader pour prolonger la journée. Il ne nous a fallu en effet que 4h en tout, pauses comprises, pour arriver là : un peu frustrant! Mais notre camarade allemande semble, elle, fort fatiguée, une journée longue aurait dans doute été difficile pour elle.

Petite promenade au lac pour finir la journée.

Petite promenade au lac pour finir la journée.

Ce soir nous ne dormons pas sous la tente! C’est une cabane qui nous abrite tous, aux murs de pierre et aux toit et sol de paille. Nous dormirons à même le sol, en espérant que le poncho ajusté à la porte nous protège du gros du vent. En voilà du « rustique »! Nous avons plus d’espace qu’hier, mais nous risquons d’avoir notablement plus froid… Brrrrr… Au moins la belle portion de tagliatelles-sauce tomate nous tiendra-t-elle plus au corps que la soupe d’hier!

Mercredi, découverte de la culture andine en profondeur.

10h.

Finalement la nuit ne fut finalement pas si mauvaise, avec un bon duvet! Avec à la fois de l’espace et de l’air, chacune a mieux dormi que sous la tente. Commence le ballet du matin, et je m’aperçois du même coup que la cape de pluie de mon sac a un gros accroc. Les llamas ont du se frotter contre des pierres, maltraitant leur chargement… Ce n’est pas une énorme surprise vu les acrobaties des bestiaux, mais en ayant encore quelques mois à vivre dans mon sac, c’est un accroc qui peut être lourd de conséquence…

Aujourd’hui la chasse au llamas devrait être facilitée par le fait que ceux-ci sont regroupés dans une cour fermée. Jusqu’au moment où Ilka, l’allemande, réalise qu’une fois chargés, ils ne passeront jamais la petite ouverture! Nous voilà donc à nouveau déployés pour retenir les camélidés plus ou moins coopératifs. L’un d’eux se montre particulièrement récalcitrant, toujours le même cancre de la classe. Il rue, se débat sous la charge, au grand dam des trois péruviens qui cherchent à le maîtriser. Lucho passe à un doigt de se faire piétiner, et s’ensuit une scène de dressage: le llama est attrapé par les oreilles, et on lui apprend qui est le maître!

Dressage de llama.

Dressage de llama.

Enfin nous sommes prêts à partir, il n’est « que » 10h! Au moment où nous commençons à nous éloigner, nous entendons une cavalcade: les llamas ont piqué un sprint sur la route en terre, ils détalent ventre à terre! Walter est déjà sur son cheval, et finit par les rattraper, et leur imposer de faire demi-tour… Visiblement, les llamas ont très envie de nous accompagner aujourd’hui… Espérons qu’ils n’ont pas semé le chargement si difficilement arrimé!

17h

Nous voilà arrivées, contentes car la journée de marche a été plus longue aujourd’hui! Nous sommes descendues dans une vallée, puis en ayons remonté une autre : vastes, vertes, peuplées de llamas gambadant librement sur les flancs de montagne, le spectacle a été superbe!

Il faut le dire, même si la journée a été un peu plus longue, ça n’a pas non plus été une journée éreintante: Lucho a l’habitude de s’arrêter très souvent pour raconter des histoires, commenter le paysage… Pas évident, car en contradiction complète avec notre notion de la marche où « trouver son rythme » est fondamental, surtout à cette altitude. Mais nous aurons grâce à cela plus que le paysage à retenir de cette journée.

Troupeau d'alpagas.

Troupeau d’alpagas.

En premier lieu, nous avons eu des explications sur le mode de vie local. Les enfants nés dans ces communautés reculées de la sierra sont dotés, lors d’une cérémonie pour leur premier anniversaire, d’un « capital vie » : suivant les moyens de leurs proches, cela pourra être quelques llamas, alpagas, moutons, vaches… Au départ, les parents s’en occuperont, mais lorsque l’enfant grandit (du geste de Lucho, j’imagine vers 7 ans), il devra s’occuper lui-même de ses propres animaux, en même temps que de rendre le service à ses parents (ainsi les deux fillettes croisées hier gardaient le cheptel de la famille, ce qui fait qu’elles ne vont à l’école que le samedi…). Quand il est en âge d’aller à l’école, l’enfant devra décider de sacrifier et vendre un animal pour se payer ses fournitures et livres, et ainsi de suite. Entretemps, les animaux peuvent se reproduire, lui apportant un capital-vie de plus en plus grand. Lorsque deux jeunes se marient, leurs troupeaux sont mélangés et leurs parents ou la communauté leur attribuent une parcelle de terre où les faire paître. Et quand des parents meurent, leur patrimoine animal et leurs terrains sont divisés entre les enfants…

Lucho, assez révolutionnaire dans l’âme, en a après les « bullshitters » de notre société. La société des communautés andines est régie par la loi du bon sens, selon lui. Les conflits qui peuvent apparaître sont réglés avec sagesse par les anciens, et « il n’y a pas de police, donc pas de voleurs ». Hum! Avant d’ajouter que si voleur il y avait, il serait déshabillé et fouetté par la communauté. Voilà qui nous semble surtout tout à fait moyenâgeux!

Intruse.

Intruse.

Il nous explique également ses projets pour aider les locaux, ici et dans la jungle qu’il connait bien également. Pisciculture dans le cours d’eau, aménagements pour le tourisme, il prêche depuis 20 ans une diversification des revenus des locaux. La zone a été récemment déclarée Parc National, ce pour lequel il a fortement milité. Cela devrait aider à préserver l’environnement, en contrôlant mieux l’abandon (malheureusement commun) de déchets en pleine nature et en expulsant les vaches qui, n’étant pas originaires d’ici, n’y auront plus leur place. Il a également investi dans des abris pour accueillir des touristes sur le chemin du trek, en confiant la garde de chacun à la famille vivant là, en échange d’une partie du revenu.

Abri délabré.

Abri délabré.

Mais le changement a la vie dure: Lucho n’est plus venu dans ce coin depuis un an (desguides assurent habituellement pour lui les 4 ou 5 éditions annuelles du trek), et il retrouve ses abris dans de piteux états. Le premier a un toit défoncé car la famille ne l’a pas entretenu. Le deuxième semble avoir brûlé, mais c’est apparemment un stratagème pour masquer la récupération par la famille des poutres en bois, très précieuses dans ce milieu sans aucun arbre. Court-termisme et résistance au changement, cumulé peut être au décalage entre le personnage de Lucho et les habitants de la montagne qui ne doit pas faciliter leur adhésion..

Nous passons chez une famille voisine où la mère de famille nous montre sa technique de filage de la laine tandis que Lucho parle affaires: peut-être le prochain abri serait-il mieux ici que chez les voisins? Il est étrange de remarquer le décalage entre cette femme et celui qu’elle appelle « Don Lucho »… Qui explique peut être le peu de scrupules que les autres familles ont eu avec ses abris…

Nous voilà arrivés au camp de cette nuit, un petit hameau de cabanes en pierre, aux toits de paille. L’une d’elle hébergera les « gringos » que nous sommes. Une paillasse de pierre, recouverte de laine de mouton et de couvertures, nous attend toutes les trois. Nous nous regardons : difficile de savoir dans quel sens nous pourrons tenir là dessus! Mais il y a une progrès remarquable par rapport a la nuit dernière: la porte haute d’un petit mètre se ferme aux deux-tiers par une porte de métal rouillé!

18h30

Compréhensive, la pluie a attendu que nous soyons installés à l’intérieurs de la cabane pour se mettre à tomber. Doucement d’abord, puis à sceaux! L’humidité s’ajoutant au froid mordant, on a vite fait d’entamer le capital « sous-couches thermiques » et de s’enterrer sous les duvets. La hantise de chacun: devoir se relever la nuit! Surtout qu’après quelques essais, il s’avère que la forme de notre paillasse nous impose de dormir en long par rapport à l’entrée, ce qui signifie qu’à part Charlotte, chacune devra marcher sur d’autres pour sortir!

Un nouveau palace...

Lucho nous appelle: « Ouvrez la porte, la soupe arrive! ». L’espace d’un instant, j’espère qu’il parle au figuré, car on nous avait fait miroiter des raviolis… Mais non, les bols arrivent pleins d’un bon liquide fumant, dans lequel flottent les morceaux de fromage. Le pire: c’est bon, et on a faim! Mais un dur arbitrage est nécessaire, et tout le monde laisse le bouillon pour s’épargner des sorties dans le froid. Au grand dam de Lucho qui finit tout de même par se résoudre à ne pas nous redire de finir nos assiettes, comme des enfants. Le dessert est un paquet d’ersatz-Oreos, et Charlotte sort une de ses cartouches: une tablette de chocolat péruvien, le « Sublime » aux amandes. Ouf! On en oublierait presque que quelques gouttes commencent à traverser les couches de paille et de plastique du toit…

Froid, froid, FROID !

Froid, froid, FROID !

On gèle, dans la cabane, on en rit, on se met en formation « dodo », jusqu’à ce que Félicie regarde sa montre : 18h30. Haha… Bon, il vaut mieux s’occuper un peu histoire de ne pas se réveiller à minuit… Rapidement, mes doigts ne sentent plus l’écran du téléphone sur lesquels ils pianotent les événements de la journée… Objectif : tenir jusqu’à 20h!

 

Jeudi, divorce avec vue.

9h30

Bébé llama.

Bébé llama.

Jeudi, 4ème jour, il ne nous reste qu’une seule nuit dehors. Charlotte n’a pas dormi de la nuit, agrippée au rebord de notre paillasse trop petite et commence à accuser les nuits de veille répétées. Pour tout arranger, un coq fou a commencé à chanter à 3h du matin, juste à côté de notre maisonnette.

Les allemands sont levés avant nous, et partent se promener. Nous entendons d’un coup de furieux aboiements. Nous apprenons un peu plus tard que Grégoir s’est fait attaquer par une formation de trois molosses ! Le pauvre est sous le choc et est passé pas loin de grosses difficultés: l’un des chiens lui a troué le pantalon, sans heureusement blesser la jambe avant que les locaux n’interviennent. « Ne vous promenez pas seuls, même pour aller aux toilettes » sera la morale laconique de Lucho. Il va falloir être prudentes aux campements! Voilà qui et de nature à rassurer Félicie, déjà très à l’aise avec les chiens!

Aujourd’hui très bonne nouvelle: comme les pastores ont des renforts sur place pour les aider à harnacher les llamas, nous allons pouvoir partir plus tôt! Ce qui est parfait, car il nous semble nous souvenir qu’il s’agit de la plus longue journée de marche du trek.

Trop petite ?

Trop petite ?

Avant de partir, le divorce est définitivement prononcé entre le groupe et notre guide. En effet, à l’annonce d’une nouvelle nuit en hutte à venir, Charlotte, épuisée, a osé lancer: « sera-t-elle un peu plus grande ? ». La tirade furieuse qui lui a répondu nous a tous scotchés, ingrats que nous sommes. En voyant notre guide partir devant sans un mot de plus, nous décidons de profiter de la journée dans tout ce qu’elle a à offrir, sans se laisser polluer par ce triste personnage… En avant!

14h30

Voilà une matinée inoubliable dans les Andes! Elle a été consacrée à une montée sublime jusqu’à un col dont nous ignorons l’altitude, au milieu d’un paysage lunaire différent de tout ce que j’avais vu jusque là au Pérou. Il rappelle plutôt à Félicie la Bolivie: roche polychrome, effritée en pierriers, tachetée de quelques mousses et lichens qui s’accrochent difficilement. Le caractère sauvage de l’ensemble est rehaussé par un blizzard de grêle qui nous martèle: quelle chance, la grêle a le gros avantage de moins tremper les vêtements que de la pluie!

DSC05776_640pxUne fois le col passé vers 12h30, les estomacs grognant en cœur appelaient de leurs vœux un repas plus consistant qu’une petite soupe! Enfin, le tintement de cloches au vent apporte un espoir: les llamas! Il est 13h30 passées quand nous les retrouvons au milieu du paysage qui a repris une belle teinte verte. Et bonheur intense, il y a au menu des patates en sauce!

Haha... Bon appétit.C’est l’explosion de rire quand l’assiette de patate nous parvient, en dernier. Trois rogatons pour chacune, voilà ce qu’il nous reste après cette matinée de montée. Heureusement que la sauce est bonne! Miracle, apparaît alors un paquet de pain à hamburgers pour saucer. Sans complexe nous en prenons un chacune, et après un regard concerté « un d’avance, en cas de disette ». On ne sait jamais, par les temps qui courent 😉

17h30

Rêve éveillé.

Rêve éveillé.

Le paysage a à nouveau complètement changé dans l’après-midi: nous avons progressé à flanc d’une montagne couverte d’herbe drue, prenant progressivement de la hauteur au-dessus d’une vallée immense, les nuages défilant autour et sous nos pieds! Cailloux et llamas en liberté ponctuaient ce paysage surréel.

DSC05783_1024px

 

 

Nuit sous tente !

Nuit sous tente !

Nous voilà arrivés dans un petit hameau, halte pour la nuit. Moutons, vaches et chevaux broutent autour des habitations et enclos en pierre… Le temps d’une reconnaissance et c’est la surprise: atelier montage de tentes pour tout le monde! Visiblement nous ne méritons pas le grand privilège de nous entasser sur une paillasse trop étroite, ce qui nous va d’autant mieux qu’on nous laisse la possibilité d’utiliser deux tentes pour trois. Le sol est moussu, accueillant, nous sommes ravies!

Le Hameau dans le ciel.

Séchage de la "viande".

Seul bémol: Félicie récupère elle aussi un sac dont la protection de pluie est déchirée. Cela fait 2 sur 3…

Le dîner de raviolis est préparé pour être partagé avec les habitants des maisonnettes, que nous n’aurons malheureusement pas l’occasion de rencontrer. Nous improvisons un dessert en squattant à trois dans l’une des tentes, joyeux souvenirs! Le froid est mordant dès 18h30, heure de chauffer les duvets… Pas sans que nous ayons répartis les bâtons de marche pour que chacun puisse espérer se défendre contre des agresseurs canins en cas de sortie nocturne… Non sans un peu de stress…

Vendredi, pas pressés de redescendre.

9h

Le bout du nez sent bien que la température est basse, et le reste n’a pas très envie de suivre à l’extérieur… Mais il fait jour et la nature sait faire lever le dormeur pour lui faire admirer son œuvre: un paysage tout blanc de gel sous un ciel limpide! Superbe cadeau pour notre dernier jour de marche!

"Pankekes"

« Pankekes »

Sans doute est-ce cela qui motive la préparation matinale du petit déjeuner, avec au menu de ce dernier jour des « pankekes », galettes de pâte frites. Enfin un petit dej pour Félicie, qui en engouffre trois 🙂 Dommage qu’il n’y ait plus de confiture, jambon et fromage local font l’affaire pour égayer un peu les pâtons.

Le troupeau d'ici... On n'arrête pas la mode, même chez les llamas...

Le troupeau d’ici… On n’arrête pas la mode, même chez les llamas…

À nouveau nous nous échappons avant le « bétail » (comment ça, serait-ce l’odeur inimitable des llamas qui aurait eu raison de notre émerveillement? Pas Charlotte en tout cas, qui continue à les mitrailler). La détente du dernier jour est palpable: alors que Lucho galope devant, nous prenons notre temps avec les allemands pour prendre des photos (parfois sérieuses, parfois beaucoup moins…), admirer les fleurs miniature qui parviennent à survivre malgré le vent et le froid… Personne n’a vraiment envie de quitter cet environnement magnifique malgré l’inconfort dans lequel il nous a parfois plongé.

Dernier col...

Dernier col…

Notre dernière demi-heure de montée nous permet de savourer les derniers instants au-dessus de l’immense vallée sauvage. Le col amène à nouveau un changement brutal: deux pics d’un noir d’encre nous toisent, tandis que nous nous engageons dans la micro-vallée très encaissée qui les sépare. Très austère… Roche glissante et chemin-ruisseau nous imposent une descente prudente mais ne freinent pas les llamas qui dévalent tout cela sans se poser de questions. Les coussinets de llamas pourraient peut être inspirer les constructeurs de chaussures de marche…
Toujours pas pressés d’arriver et soucieux d’admirer le paysage à sa juste valeur, le groupe déclare collectivement qu’ils serait dommage d’avoir une si tentante orange en « snack » et de ne pas disposer de pause pour la manger. On parvient à comprendre qu’il nous reste environ 40 minutes de marche, on retrouvera en bas les péruviens et llamas.

Civilisation! Elle se remarque d’abord légèrement par des sillons dans les flancs de la montagne, puis le doute n’est plus possible, voici des champs, voilà des maisons aux toits en dur, ici poussent des patates, là du maïs.

Notre entrée au village est fracassante: attirant d’abord des regards plutôt stupéfaits (nous espérons que ce n’est pas de l’hostilité devant l’invasion de 5 gringos), nous voilà ensuite assaillis d’hommes et de femmes voulant nous serrer la main. Le mini-bus nous attend sur la place principale, les llamas sont déchargés, les sacs sont transférés. Ça y est, c’est vraiment la fin. C’est l’adieu déchirant à nos camélidés caractériels (est-ce une larmichette au coin de l’œil de Charlotte?). Heureusement leur odeur nous suivra, bien imprégnée sur nos sacs qu’ils ont valeureusement transporté à travers les Andes (quelle chance, encore deux mois avec le sac sur le dos…).

Épilogue

L’arrivée à Huancayo est finalement marquée par l’abandon de notre Auberge moyennement sympathique, car après ces 5 jours en montagne, la perspective de partager un dortoir et surtout les douches avec une troupe d’autre gens ne parvient pas à nous séduire. Heureusement il reste de la place pour nous dans l’hôtel de Gregoir et Ilka, et nous pouvons enfin retrouver tout ce qui différencie notre quotidien de celui de ces communautés andines: une douche chaaaaaauuuuude, un lit moelleux, un toit en dur, une connexion Internet… Et aucune de nous trois ne crache sur ces petits conforts « honteux »!

C’est en rang serré que nous nous rendons tous les 5 au restaurant de Lucho pour le « grand dîner d’adieu » promis dans le trek. Sans grande surprise notre guide a autre chose sur le feu, et nous fait servir 2 pizzas pour 5 et un « caliente de Pisco » (boisson chaude alcoolisée parfumée aux herbes, que Félicie rapproche d’une Suze chaude). Il nous rend tout de même les deux protections de pluie qu’il a fait réparer avec du matériau spécial pour les tentes déchirées. Et c’est finalement une très bonne soirée que nous passons tous les 5, nous permettant de commencer à revivre au passé et bien au chaud nos aventures.

Voilà un trek hors du commun qui laissera chez chacune de nous des souvenirs très forts! Si l’organisation n’a pas été à la hauteur de nos attentes, particulièrement sur le simple aspect des relations interpersonnelles, les Andes, belles et sauvages, auront largement permis de faire abstraction.

Rassurez-vous donc, vous retrouvez une team n°3 saine, sauve, lavée, réchauffée, souriante comme toujours et ravie de ces aventures comme on n’en vit probablement qu’une fois dans une vie.

A cette aventure hors du commun !

A cette aventure hors du commun !

9 Comments

  • 30/05/2014 at 04:32 · Répondre

    What’s up, just wanted to tell you, I enjoyed this blog post.
    It was helpful. Keep on posting!

  • seb
    02/12/2013 at 21:46 · Répondre

    Sacré trek! Bravo à vous pour avoir tenu! Sans doute grâce à l’entraînement raid ECP 😉

  • Cécile
    14/11/2013 at 17:08 · Répondre

    Comment ça une douche chaude ? C’est pas dans l’esprit « Andes » ça !

    Magnifique trek en tout cas malgré le bizaroguide aux commandes, j’aurais bien aimé être parmi vous les filles ça aurait fait une blonde de plus pour cadrer les llamas ! Tu as bien mérité tes journées off et les journées surf Steph ! A bientôt par message interposé lors des prochaines nouvelles fraîches 🙂

    Bises !

  • ChtiteCo&Family
    04/11/2013 at 21:57 · Répondre

    Hé beh…
    Drôle de trek, drôle de guide, drôles de porteurs, drôle de logistique… Et un récit bien drôle (et bien écrit 🙂 ), on sent que malgré tous les aspects insolites de cette expérience vous vous êtes vraiment bien amusées ! C’est chouette d’avoir pu vivre ça à plusieurs.
    Et les paysages, à cette altitude, ils sont vraiment impressionnants !

    Bisous 🙂

  • Lucie
    04/11/2013 at 12:22 · Répondre

    Bravo les filles, merci pour le récit.
    J’espère que vous vous êtes bien remises.
    Bises à toutes les 3
    Lucie

  • Jean-claude
    04/11/2013 at 11:58 · Répondre

    Chapeau la team 3 !
    Les lamas vont en avoir a raconté après votre passage.
    Que de souvenirs.

  • Catherine
    04/11/2013 at 11:03 · Répondre

    Bravo! Heureusement que vous aviez de l’entrainement!

  • annie
    04/11/2013 at 07:55 · Répondre

    superbe recit.Vous etes bien courageuses toutes les trois La nuit dans le lit au chaud a due etre benefique
    pour toutes

  • Mum
    03/11/2013 at 18:11 · Répondre

    Quel courage la team no3!! J’ai eu froid pour vous. Mais ce sera surement de tres bons souvenirs et tous ces details sur la culture andine sont passionants!


Leave a Comment Des remarques ou commentaires ? N'hésitez pas !!